
Résumé du film selon Télé-Loisirs : D’un côté, l’économie de marché a généré la multiplication, en France, des salons de l’érotisme et des sociétés d’édition de vidéos pornographiques au nom de la liberté du consommateur. DE l’autre côté, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a fait voter en 2003 une loi de sécurité intérieure incluant le racolage passif des prostituées. Moins visible dans les rues, la prostitution se multiplie sur Internet et aux périphéries des villes. Alors que des femmes et des hommes revendiquent le droit de pouvoir louer librement leur corps ou de vendre des services sexuels, pourquoi cette activité reste-t-elle la plus stigmatisée ?
Alors qu’y a t-il dans ce film ? En toile de fond :
- on part du constat que le sexe et le corps sont entrés dans l’ère de la consommation courante, façon caddy-supermarché, luxe ou big business : salons de l’érotisme en veux tu en voilà, clubs de striptease au son de D. Guetta, stars du porno invités à une Famille en or, ventes de sex toys en réunion tupperware, strings ficelle apparents, chirurgie esthétique de fond en comble. Bref, le sexe se décomplexe et même M. et Mme Prout-Prout semblent en droit de vivre en cuir et parler sodomie au dessus de la popote du midi.
- dans l’organisation sociale française, et en pleine dérive du retour de la contre-attaque de la morale judéo-chrétienne, une pute reste une pute, voire une sale pute. Se prostituer est mal (lapidons-là) et acheter les services d’une personne qui se prostitue est mal également (mais on te pardonne, homme). Se prostituer, ce n’est pas un métier mais une maladie. La pute est une malade et au bout du compte, la pauvrette, une victime de notre syphilis sociétale que la honte nous pousse à cacher. Résolution S03 : tu racoles, tu vas au trou.
- la prostitution est manipulée et gangrenée par les réseaux mafieux, certes, et elle voit grandir en son sein les monstres les plus hideux de notre monde : crime, violence, trafic humain, esclavage, drogue, etc. La vraie question est maintenant de savoir si la prostitution est intrinsèquement mauvaise ou si c’est son organisation et la manière dont elle est régulée au niveau légal qui laissent la part belle à ces horreurs. Interdire le racolage dans la rue, est-ce lutter activement contre ces fléaux ou juste cacher la misère (et la misère n’est jamais aussi grande que quand on la cache). Pour lutter contre l’esclavage et le trafic humain faudrait-il aussi interdire la confection textile, le ménage, la construction etc. ? Ce qui paraît certain, c’est que les premières à souffrir de la prostitution, ce sont d’abord les prostituées. Mais ca ne signifie pas que toutes en souffre.
Voilà où J.M. Carré nous emmène. Le films s’appuie sur des interviews filées, face caméra, en plan assez serré. On ne voit rien du métier de ces femmes et de ces hommes qui ont choisi de gagner leur vie en vendant leur sexe, mais on en parle beaucoup. Elles:ils en parlent. De manière intime. En pleine confidence (sincère ?). C’est vivant et très touchant. Ce n’est pas un documentaire statistique ni une enquête coup de poing. Ca se veut de la simple humanité. De la parole et de l’écoute, loin du sordide et de la moralisation. A ce point de vue, c’est très réussi.
Honnêtement, le réalisateur ne cherche pas vraiment non plus à nous faire croire que c’est le plus beau métier du monde. Alors ne lui reprochons pas de montrer un peu autre chose pour une fois. Cependant, on ne peut nier que du film se dégage un gentil fumet romantique de la prostitution. Un film de mec quoi. Ces femmes et ces hommes sont vraiment (trop) formidables. Cette idée d’un idéal du sexe et de l’amour sans rendre de compte, sans jugement ni entrave, c’est (trop) beau. Il n’y a pas de gêne, pas plus de conventions. Juste un contrat. Une totale liberté pour donner libre cours à ses fantasmes et à ses fantômes. Il y a sans doute un peu de ça en chacun de nous aussi, et on sort de la projection en se disant "et pourquoi pas moi ? serais-je capable de faire ça ?". Peu importe, le fait est qu’on ne le fait pas. Sans doute que ce n’est pas aussi bien que ça...
Et que dire du rapport à l’argent ? Car le sexe est une chose, mais dans la prostitution, il y a les deux composantes : du sexe pour de l’argent. Finalement, ce qui est vraiment sacralisé et scandaleusement désiré de nos jours, ne serait-ce pas plutôt les ptits billets de banque ? Est-ce que notre conscience ne chercherait pas à se disculper du poids que lui fait subir une vie dévolue au dieu argent. C’est ce que tout le monde cherche finalement. On essaie de se disculper. On se voile la face. J’apprends un métier, je travaille, je gagne de l’argent (je peux me payer une pute). Un peu frustrant non ? Alors ne me dites pas maintenant qu’on peut toucher le graal en écartant les cuisses ?? Drôle de monde...
Le débat était intense sur les forums de France 2 après la diffusion télé. Lisez surtout le post d’Ines en page 1 : vrai ou fake, il a le mérite de donner un autre son de cloche.

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