Petit, je rêvais d’être grand-reporter. Les famines en Éthiopie en 84-85, les luttes moudjahidines, les puits de pétrole en feu au Koweït en 90-91, les colonnes de réfugiés rwandais fuyant le génocide du printemps 94... Les images à la télé et dans les magazines sont fortes, insoutenables, hypnotiques. Alors c’est ça le vrai visage du monde : cette femme ou cet homme qui m’ouvre en portrait et dans un regard une lucarne sur sa vie, sa détresse, ses espoirs. Droit dans ses yeux, une collision de nos deux mondes, violente et instantanée. Je voulais devenir moi aussi l’intermédiaire de cette intimité, celui qui créé le lien entre l’ici et l’ailleurs, entre l’homme et son autre, par des écrits, des photos, des images, et dans une subtile appropriation de la réalité, loin du théâtre, des truculents montages et de l’orchestration musicale, met en scène la vie sans même y penser. La création est éthérée, négligeable et insignifiante. Seul le regard que l’on porte compte.
Le 16 janvier dernier, j’ai pu rencontrer pour la première fois quelques photographes dits "de guerre" lors d’une conférence organisée par l’(ECPAD) au musée de l’Armée, en marge de l’exposition "l’Afghanistan et nous". Irak ou Afghanistan, ils couvrent depuis plusieurs années les zones de conflits. Ont été évoqués tour à tour leur passion du métier et leurs relations ambiguës aux conflits, à leurs acteurs (les forces militaires) et leurs victimes (les civils). Quel intérêt de continuer à couvrir des conflits qui durent et s’enlisent ? Ils ont parlé des dangers de leur profession et la gestion des risques qui y sont liés. Embedded (incorporé au sein d’un armée) ou en solo, les sujets diffèrent, les manières de travailler également. On a parlé technique, sujets, et ils ont abordé sans tabou la censure, essentiellement liée à la sécurité, et l’aspect commercial de leur métier.

La table (de gauche à droite) :
- Eric BOUVET (photographe, agence VII) : français, le plus ancien en Afghanistan avec un premier voyage en 1986. Son site.
- Seamus MURPHY (photographe, agence VII) : 13 voyages en Afghanistan depuis 94.
Son site.
- Balazs GARDI (photographe, agence VII) : premier séjour en Afg. en 2001. travaille beaucoup en argentique. Son site.
- Valérie ROHART (journaliste, RFI) : spécialiste de l’Asie et de l’Afghanistan, auteur de Destins de femmes, filles et femmes afghanes. Ses articles.
- Ashley GILBERTSON (photographe, agence VII) : travaille en ce moment à un reportage sur les vétérans américans des guerres en Irak et en Afghanistan (8000 suicides par an !!!!!!!). Son site.
- Lindsay ADDARIO (photographe, agence VII) : une femme photographe de guerre, c’est plutôt rare. 15 séjours en Afghanistan depuis le 11-09-01. Son site.
- Ben LOWY (photographe, agence VII) : un jeune photographe qui fonctionne beaucoup à l’adrénaline. Son site.
- Lieutenant J.D. DANEY
- Adjudant Arnaud ROINE (photographe, ECPAD) : militaire et photographe, notamment pour l’Elysée.
Crédit Photo : Benjamin Lowy/VII Network
L’Afghanistan et nous
Lieu : Musée de l’Armée - Paris Dates : du 31 Octobre 2009 au 26 Février 2010
(D’après evene.fr). En collaboration avec l’agence photographique VII (Seven) et en partenariat avec l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, le musée de l’Armée présente 170 photographies comme autant de fenêtres ouvertes sur les multiples visages de l’Afghanistan d’aujourd’hui. Ces clichés témoignent de son histoire, de ses traditions et d’une population, bouleversées par un conflit majeur aux données complexes et aux enjeux internationaux. Depuis 2001, de nombreux journalistes, photographes, reporters ont été mobilisés pour rendre compte des événements, souvent violents, qui touchent ce pays, mais aussi de l’engagement des forces internationales dans l’Otan, de la mobilisation des forces armées afghanes, des actions des Talibans... Au-delà de leur travail de photo-reporters de guerre et de leur participation à la couverture d’un conflit fortement médiatisé, ces hommes et ces femmes ont souhaité apporter un éclairage personnel sur des problématiques économiques, sociales et humaines. Le musée de l’Armée a souhaité dépasser les partis pris et les positions partisanes auxquels il est souvent difficile d’échapper, en permettant au public de partager le regard de ceux et celles qui ont choisi de se plonger, sans préjugés, dans la réalité et l’actualité de ce pays.
Vous trouverez quelques photos de l’exposition sur le site de l’Express.

Les travailleu(r)ses du sexe